© 2018 Hélène Rock

PROJET 52 (2017)
Un autoportrait par semaine durant 1 an.

Je suis très heureuse de vous présenter l'ensemble du travail d'autoportraits légendés que j'ai effectué du 1er janvier 2017 au 28 décembre 2017 à raison d'une photographie par semaine. Cette expérience était incroyablement enrichissante tant sur le plan de ma connaissance personnelle que sur le plan technique. Si certaines photographies n'ont clairement aucun intérêt car il est difficile de donner le meilleur de soi semaine après semaine en ayant une vie de mère et une entreprise, la plupart me plaise beaucoup et je suis globalement fière de ce que j'ai réalisé. 
Vous allez pouvoir grâce aux légendes voir l'évolution de mes sentiments au fur et à mesure de cette année qui fut l'une des plus intenses que j'ai vécu, avec indéniablement le plus de déconstruction de mes acquis et d'apprentissages de la vie. 
J'ai décidé ce jour de réitérer l'an prochain et de continuer ce projet une année supplémentaire.
N'oubliez pas de me faire vos retours et si vous avez apprécié le travail, vous pouvez faire un petit don via tipeee à la fin de la page. 
Bonne découverte ! 

Semaine 1 :
Je me lance dans l'aventure pleinement, en sortant de ce que j'ai imaginé pour reproduire officiellement pour la première fois cet auto portrait ouvrant le projet, officieusement je réalise des autoportraits depuis que j'ai 13 ans, quand la bouffée créative est trop forte et que je n'ai rien d'autre sous la main. Il fait très froid, nous sommes le 1er janvier, j'ai passé une excellente soirée la veille avec mon mari au coin du feu avec du champagne. Je suis à Carpentras, il gèle, il est 7h. Cette impression d'être seule, absolument seule. Qui se lève à 7h un 1er janvier, qui est nu au milieu du gel le premier jour de l'année. Je sens de l'espoir. Ma grand mère aurait eu 95 ans ce jour. Je recommence tout.

Semaine 2 :

J'ai eu une idée de mise en abîme et comme je lance ma page Tipeee pour la première fois cette semaine, je vais me photographier au reflex entrain de tenir mon instaxmini qui sortira une photo de mon reflex sur lequel on verra une affiche Tipeee. Je me suis bien amusée et j'étais avec mon amie Maeva. J'aime bien cette photo, je n'ai pas l'habitude d'être habitée et maquillée comme ça en plein jour. Ma bonne humeur si brute est rare, je conserve la photographie toute l'année en bannière facebook.

Semaine 3 : Il s'est passé des choses, mon mari les a subit directement, encore l'autisme, ou les autres je ne sais pas lequel est fautif. Ma tête est encombrée, j'ai mal au cerveau, j'ai mal au cœur, nous attendons le rendez vous en centre spécialisé depuis déjà 6 mois. L'esprit est puissant mais destructeur.

Semaine 4 :

Je décide de créer des fonds pour les prochains auto portraits, je n'ai pas d'idées, je suis encore sous le choc de ce qui s'est passé la semaine dernière. Alors je me prends en photo entrain de peindre. J'adore faire des arts manuels. Je ne suis pas douée en peinture, ni même en dessin, mais j'aime exécuter même si c'est raté, mon cerveau s'en porte mieux, je pense moins.

Semaine 5 :
Je rentabilise le fond peint la semaine dernière. Je colle de fausses roses dessus, je m'inspire des photographies de modes kitch qui sont à la mode, et toujours cette tête qui me fait mal, je suis déstabilisée et j'ai envie que cela se voit. Je remet mon corset de mariage, il est assorti au fond, de la douceur du printemps au cœur de l'hiver mais mon cœur à moi n'est plus à la fête.

Semaine 6 :
Je décide de sortir de chez moi. Il fait encore très froid en ce février provençale. Je vais me promener sur le chemin ou je m'étais déjà rendue la deuxième semaine. Ca va un peu mieux parce que je prends tout ce que mes enfants me transmettent de bon. D'ailleurs je décide d'inclure ma petite fille sur cette photo car elle vient d'avoir un an, c'est un hommage à cette dernière année si difficile dont elle a été le canot de sauvetage.

Semaine 7 :
J'ai envie d'être classe, j'ai toujours hésité entre être classe ou être confortable, et jusqu'à maintenant je ne sais pas bien composer avec les deux. J'ai envie de sensualité, de me retrouver un peu mais tout est toujours assez noir. Je perd mes amis mais je joue au théâtre avec eux, je dois continuer, me dédoubler, mettre mes sentiments de côté. Je tire un peu sur mon collier pour ressentir la tension sur mon cou, je pourrai me noyer dans mon fond.

Semaine 8 :

Je n'ai plus envie d'être jolie, nous passons en mars et je suis un peu écoeurée de jouer avec ma prétendue beauté. Je décide de plagier une photo de Victor Hugo. Je joue avec les codes dans mon smoking trop grand. J'adore cette photographie de lui grand-père, maître, intellectuel, évidemment je ne lui ressemblerai jamais mais ce qu'il dégage me rassure et j'ai besoin d'être rassurée.

Semaine 9 :
Je décide d'écrire un article sur la phobie de la mort et je choisi de faire mon autoportrait de la semaine en fonction. En plus je n'ai plus guère d'inspiration. Le mois n'est ni chaud ni froid, il ne se passe pas grand chose dans ma vie artistique, je ne sais pas quelles sont les bonnes décisions, mon mari est malade et je prends moi même des cachets pour supporter la vie à la maison, je n'ai plus envie de montrer mon visage.

Semaine 10 :
Enfin je décide de sortir à nouveau. Je me rends en famille à l'abbaye de Sénanque, une perle d'architecture nichée au milieu des lavandes et qui offre la plus belle des cartes postales à la belle saison. Aujourd'hui il pleut et je suis accompagnée de mes deux enfants. C'est mon fils que je choisi pour cette photo. J'ai envie que nous soyons aspirés par la pierre, par la grisaille qui se dégage tout autour du lieu, des plantes, du ciel, du bâtiment, de ce mur. J'utilise le même poncho que pour ma fille en semaine 6, il n'y a qu'avec eux que je me sens à ma place.

Semaine 11 :

Je suis à Paris pour le travail, dans « La maison esprit boudoir » que j'ai loué pour le projet de réinterprétation d'oeuvre d'art. C'est un très bel endroit niché dans une banlieue commune. Tout est décoré comme dans un catalogue et dans cette pièce de préparation, il y a de superbes robes et un grand miroir. Moi je porte une robe H&M et j'ai conscience que mes photos et ma personne font tâche dans ce décor de magazine réservé aux photographes de mode. J'ai envie d'être fière d'être ici mais je vois après coup dans la position de mes mains, de cette étoffe qui me cache que j'ai honte.

Semaine 12 :

Je réalise l'un de mes plus beaux autoportrait. Je n'ai plus honte de rien, je suis chez moi, j'ai envie de reprendre pied et surtout de retrouver ma légitimité. Il m'arrive beaucoup d'injustice ces derniers temps et je ne me sens lésée. Je prends conscience que mon manque de confiance en moi joue sur tous ceux qui m'écrasent. J'ai envie d'être forte. J'enfile un petit body primark et je joue avec la superposition des photos. Je prends mon temps, j'ai envie que ce soit réussi.

Semaine 13 :

Il fait à nouveau bon, j'ai envie de nature et en me regardant dans la glace je trouve que j'ai mûri. Avril est un mois que j'aime, c'est notre anniversaire de couple avec mon mari depuis 12 ans, et son anniversaire à lui. Il est enpreint de bons souvenirs et ça me redonne de l'espoir. Je vais me promener avec le trépied et la musique sur les oreilles. Je me photographie brute à peine maquillée avec mes longs cheveux chatouillant ma taille. Je me sens femme, je me sens moi.

Semaine 14 :

Je rate complètement cette photographie. J'étais de retour à Carpentras et j'avais envie d'illustrer le retour du soleil, de l'été au bord de la piscine encore endormie, cette belle piscine en béton. Finalement tout est brouillon, je n'ai pas le temps, je sens que l'on m'attend, qu'il faut que je me dépêche, je n'aime pas les couleurs alors je la passe en noir et blanc et j'essaie de l'oublier.

Semaine 15 :

Il y a du lilas partout autour de chez moi, c'est magnifique et ça embaume. J'aime le printemps. En fait j'aime toutes les saisons, elles ont toutes une particularité qui les rends magiques. Je vole une branche d'un arbre qui dépasse d'un jardin et j'assorti ma pose à la courbe de ces fleurs féminines. C'est la première fois que je pose nue pour le projet, j'ai trouve une grande forme de liberté.

Semaine 16 :
Me revoilà à Paris. Je suis logée dans un hôtel décoré dans un mélange d'art contemporain et d'art déco. Ma chambre à un grand mur noir et blanc à rayure qui m'amuse beaucoup mais je n'avais pas prévu de me photographier dans la capitale, du coup je n'ai pas de trépied. J'essaie de faire quelque chose contre le mur, ça ne donne rien, le lit est trop bas pour y poser efficacement l'appareil photo. J'essaie de me photographier au deuxième étage de la tour Eiffel que je gravis marche par marche pour au final abandonner mon idée tout en haut. Je n'ai pas non plus de télécommande et les gens me gênent durant les 10 secondes du retardateur. Finalement c'est tôt le dernier matin que je choisi la salle de bain sans trop y croire, je pose l'appareil sur le sol et sur le petit lavabo rouge. Le résultat est au dela de mes espérances. Cette parenthèse parisienne me fait le plus grand bien.

Semaine 17 :

On me dira plusieurs fois que cet autoportait est le plus réussi de la série. Je ne suis pas d'accord, je me trouve un peu trop vide. J'ai été inspirée par la ferme aux papillons que j'avais visité quelques semaines plus tôt dans le vaucluse. J'ai envie de couleur, j'ai envie de maquillage, j'ai retrouvé une forme de confiance, je prends de bonnes décisions et mes photos le ressentent. J'accentue mes tâches de rousseur, je me sens à la bonne place.

Semaine 18 :

Une semaine de mai ou je n'avais le temps de rien, je suis arrivée en fin de semaine sans rien avoir fait. Je préparais mes expositions de l'été avec les réinterprétations et je n'ai pas la tête à la création quand je suis dans la logistique. Je décide une nouvelle fois de poser avec ma fille un dimanche matin et elle m'offre un regard incroyable qui contrebalance cette couche que j'ai complètement oublié d'enlever. Tant pis, son expression est magnifique, je garde cette photo.

Semaine 19 :

Ce sera bientôt l'heure des représentations de théâtre. Je m'amuse comme une folle malgré les difficultés que j'ai à travailler avec des gens qui m'oppressent. Mes sentiments sont ambigues, alors je décide de me grimer en une sorte de colombine sans expression, me concentrant sur ma lumière et la brutalité du vide que l'on peut voir dans certains personnages de la comedia del arte.

Semaine 20 :

Je répète plusieurs fois par semaine en plus de mon travail photographique. Il se passe de nouvelles choses. Je crois que je vais abandonner, je ne supporte plus l'ambiance, j'etouffe, je ne sais pas ce qui cloche chez moi. Je commence à comprendre beaucoup de choses sur ma manière de fonctionner mais j'aimerai des confirmations. On me dit que j'en fais trop, on critique mes questions, je me sens exclue mais je ne peux pas m'empêcher de m'amuser. Encore cette dualité. Je disparaît sous un voile.

Semaine 21 :

J'ai appelé une thérapeute spécialisée dans le haut potentiel. Nous nous sommes occupés de l'autisme, il faut que je m'occupe de moi. En fait je l'ai appelé en laissant un message plein de larmes. Est ce que je suis anormale ? Je décide de passer le test WAIS qui va mesurer mon intelligence et ma manière de fonctionner. J'ai peur mais je dois me concentrer, il ne reste que deux semaines avant les représentations et j'ai complètement foiré ma couleur de cheveux pourtant j'adore cette photo, elle me ressemble, elle illustre mes sentiments.

Semaine 22 :

Je joue une prostituée, je ne sais pas si c'est ça qui me donnera la dernière impulsion pour finir totalement nue mais je décide de le faire un matin de semaine dans mes escaliers. Après toute une installation pour faire graviter l'appareil photo, je réalise ce cliché en quelques minutes. J'ai très peur de le montrer mais je sais que l'angle est flatteur et que c'est joli tous ces grains de beauté qui constelle mon corps. Je suis une pudique maladive, l'exercice me fait trembler, je la montre puis je l'oublie.

Semaine 23 :

J'ai eu les résultats de mon test. Evidemment que je suis en sureffiscience. Je suis fatiguée dans ce début d'été, j'ai mauvaise mine, j'ai trop travaillé sur moi, j'ai fais brasser trop d'émotions fortes entre la scène et l'évaluation, mais je ne dois pas me relâcher, les expositions d'été arrivent. Je pose sans montrer mon visage dans un champ couché par un récent orage. Ce n'est pas du tout ce que j'avais en tête mais ça ira bien, je m'autorise un nouvel échec photographique.

Semaine 24 :

Je retrouve des couleurs, je me repose doucement tandis que la chaleur se fait à nouveau saisissante. Je comprends encore beaucoup de choses, je commence à accepter mes différences et ma thérapie me fait beaucoup de bien. Je fais le deuil de bien des choses et je décide de poser avec ce magnifique mirroir à main des années 20 que j'ai trouvé en brocante, le regard vers le haut, j'ai envie d'un renouveau, de balayer ce début d'année difficile, ces deux ans difficiles qui ne me lâchent pas. Je veux me retrouver.

Semaine 25 :
Nouveau coup dur, ma légitimité est encore une fois remise en cause. Je m'engueule, je tremble de colère, j'ai envie de tout casser, il faut que je m'éloigne de ceux qui me fissurent. J'ai envie d'enterrer la colère, de ne plus la voir, elle déforme mon visage. Je décide de poser comme un tableau classique, des perles en nacre de Birmanie dans les cheveux, le regard absent. J'ai l'impression de vivre si fort mais finalement c'est comme si je ne vivais pas du tout. Personne ne me prends au sérieux et j'essaie de garder tout ça pour moi. Je me sens seule.

Semaine 26 :

Simone Veil est morte. J'achète des lys, je les photographie pour elle, c'est mon hommage. Je n'aurai rien pu faire de plus. J'interpréte Gloria dans une revisite d'Orphée et Eurydice. Je m'amuse, je ne pense plus qu'à mon plaisir et à ceux que j'aime.

Semaine 27 :

Les deux représentations du « Camp des lièvres » ont été un succès. C'est la fin, et j'hésite entre soulagement et peine. Je sais que c'est une fin définitive pour moi même si on ne me l'a pas encore annoncé. J'ai tenu jusque là pour mes amies mais je ne pourrai pas aller plus loin, je ne peux pas forcer plus sur mon intégrité. Je pars un week end m'isoler à Carpentras avec ma famille et une amie ou je réalise cette photo en fin de journée dans un champ désséché par cet été qui s'annonce caniculaire. Je suis fatiguée.

Semaine 28 :

« Bird set free », j'écoute cette chanson en boucle, j'ai envie de m'envoler et ça tombe bien, je me sens à nouveau libre, comme si les liens s'étaient dessérés autour de moi. Je m'en vais au sommet de la coline derrière chez moi, je m'égratigne les pieds dans la pinède, le temps est agréable, je me sens bien, j'ai envie à nouveau de me dédoubler, j'ai envie de couleur, j'ai envie de liberté, il vente, je déclenche, je reprends conscience de moi même.

Semaine 29 :

Je prends trois photos entièrement nue mais je n'assume pas mon corps de face, mon ventre abimé par les grossesses, je choisi de garder la plus couverte de toutes. Elle est intime, elle est comme mon état d'esprit, entrain de se replacer, de se retrouver. Je n'ai envie que d'une chose c'est de rester nue. L'été est écrasant, bientôt ce sera le mois d'août, mes enfants seront à la maison tout le temps, ce sera difficile de travailler. Je profite de mes journées dédiées à l'art.

Semaine 30 :

Les lavandes sont en fleur. La chaleur continue à m'accabler mais j'ai repéré ce champ au bord d'une route en allant faire mes courses. Il était bien caché mais l'odeur qui s'en dégageait jusqu'à la route à suffit à m'avertir. La lavande calme les angoisses et apaise les cœurs. J'emmène mes enfants avec moi, je les photographie dans les fleurs. Mon fils à peur des abeilles, moi je les aime, je me met au milieu, je me sens en sécurité, le soleil du soir inonde le monde.

Semaine 31 :

J'ai envie de pluie et de fraicheur. Je décide de vaporiser une vitre avec de l'eau et de me mouiller les cheveux. C'est une fausse bonne idée, l'appareil n'arrive pas à faire la mise au point d'une vitre à l'autre, entre les gouttes et mon visage, je suis obligée de tout faire manuellement, ça ne fonctionne pas, je m'énerve vite et je dois remouiller sans arrêt la vitre et mes cheveux qui sèchent à une vitesse folle dans les 40° qu'il fait dans la chambre. Le premier résultat correct sera concervé, je n'ai pas l'énergie de mieux faire.

Semaine 32 :

Je pars à Tours quelques jours avec mon mari. Les enfants restent avec ma mère et je profite du merveilleux château de Chissay pour réaliser mon autoportrait de la semaine. Je me suis habillée pour aller au restaurant gastronomique et je suis entrain de remplir le questionnaire de satisfaction quand je décide que j'ai envie d'une vraie photo de vie quotidienne même si le cadre n'est pas anodin. Je me ressource en Touraine, je reprends des forces, la fraîcheur du loir et cher me fait beaucoup de bien, je me sens mieux.

Semaine 33 :
Je pensais en avoir fini avec tout ça. J'écris un article sur le test WAIS et ça tourne mal. Je me fais à nouveau agresser alors que j'étais enfin entrain de me reconstruire de ces relations nocives, que j'avais réussi durant l'été à mettre de la distance, que je me sentais enfin mieux. A nouveau je m'inspire des papillons, j'ai envie de trouver la force de faire quelque chose de beau mais durant la séance je me met à pleurer. Je renonce à rejouer la pièce, j'y renonce définitivement et je vais prendre ma photo quelques heures plus tard. Je pleure et je me griffe à la poitrine de colère. Si je suis un papillon alors je suis de ceux que l'on épingle dans des cadres. Ma poitrine fini a vif, je décide de garder quand même les photos, c'est le jeu du projet 52, être vrai ou décider de ne pas le faire. Je souffre.

Semaine 34 :
La chaleur se calme un peu, j'ai envie de douceur, de me préserver. Je tire un trait sur tout ce que j'ai vécu avec ces gens durant les sept premiers mois de l'année. Je décide d'accepter le fait que ces pièces de théâtre étaient une mascarade mais qu'après tout, le but du théâtre c'est de divertir le public, c'est ce que j'ai fais, j'ai rempli ma part du marché. Je ne suis ni supérieure ni inférieure, je suis un artisan qui utilise ses mains, je ne me crois pas tombée du ciel. Je décide de prendre cette photo un soir dans mon salon, changer de lumière et d'expérimentation. Ce sera uniquement à la bougie, l'appareil posé au sol. Je prends la décision finale de me former au métier en doula en janvier.

Semaine 35 :

Je n'en reviens pas, c'est enfin la rentrée. Je suis épuisée de cet été, épuisée de cette année. Je vais enfin pouvoir me remettre au travail, d'ailleurs j'ai un nouveau projet « Résilientes », il correspond bien à tout ce que j'ai ressenti ces derniers temps, il est là pour aider les filles comme moi qui ne touchent jamais vraiment le sol, qui ont toujours l'impulsion d'aller plus loin. Je respire à nouveau et je me photographie tel quel avec mes lunettes. Je trouve que j'ai vieilli depuis mon premier autoportrait, je ne sais pas si je m'aime ou pas sur cette photo.

Semaine 36 :

Cette fois, j'ai envie de m'aimer. Je ne suis pas une marionnette et je me suis trop laissée manipuler ces derniers temps. Je fais des tests pour le calendrier, il faut que je m'inclue mais ce ne sera pas cette photo ci, je la trouve mal cadrée. Par contre mon expression me plaît, mon corps me plaît. Je fais un tabac sur facebook, je ressemble à nouveau à une poupée, mais en regardant mes yeux je me trouve un air idiot, mon strabisme ressort. Ce n'est pas grave, c'est aussi la magie de l'instant, d'avoir l'air à la fois beau et idiot.

Semaine 37 :

J'ai trouvé, pour « Résilientes » ce sera poussière d'or pour tout le monde. J'avais déjà envisagé de travailler comme ça il y a quelques temps sans mettre le doigt exactement sur ce que je voulais. Maintenant c'est clair, je vais écouter et réparer les blessures avec des paillettes, de la bienveillance et de la photographie. C'est ce que je fais depuis que j'ai commencé ce métier après tout. J'ignore si je lance ce projet pour me réparer ou pour réparer les autres, mais j'ai une certitude plus forte que toutes celles qui m'ont animé ces derniers temps. Cet autoportrait demeurera mon favoris de la série.

Semaine 38 :
Cette fois c'est la bonne, la photo du calendrier 2018. J'ai coupé mes cheveux, beaucoup. Alors je porte les extensions que mon mari m'a offert un peu en avance pour mon anniversaire. Je reprends la même pose que dans la semaine 36 mais je la cadre mieux, je laisse les couleurs, je juge que ça correspond au reste du calendrier, je valide.

Semaine 39 :

Je commence cette semaine le projet « Résilientes » officiellement. Des dizaines de femmes m'ont envoyé des mails et je m'apprête à recevoir la première. Je souffre d'une affreuse migraine mais surtout j'ai très peur de les décevoir, de me rater sur ce projet, qu'il ne donne rien. Je vis avec très peu d'argent depuis le mois d'août, j'accepte de passer des heures et des heures sur des choses qui peut être seront vaines. Je suis étreinte par l'angoisse, j'essaie de rester concentrer et je laisse mon appareil photo me capturer.
 

Semaine 40 :
La semaine ou j'ai rédigé tout ceci jusqu'ici. Je me sens étrange, refaire un point sur son année comme ça, semaine après semaine, c'est incroyablement intéressant. L'automne est enfin là. J'ai eu 26 ans il y a dix jours et j'ai du mal à m'en remettre. D'ailleurs je vois sur mon visage n'est plus celui d'une adolescente, j'y vois le poids de la maternité et des soucis. Mais je reprends confiance petit à petit, le chemin est énorme, je me donne la légitimité d'adapter le monde à mes particularité sans essayer de faire rentrer ce cercle que je suis dans le carré de la société. C'est l'automne enfin. Enfin, je peux retrouver un peu de calme.

Semaine 41 :
J'ai commencé les prises de vue du projet « Résilientes », je suis chamboulée, je me prends avec beaucoup de force et de violence les premiers entretiens. Je décide de faire une photo avec mon mari, j'ai besoin de tendresse et j'avais envie de contraste en noir et blanc après la semaine précédente, et de mettre en avant le duo masculin/féminin, ce n'est pas évident mais me semble symbolique après coup au vue du travail qui se mets en place sur Résilientes.

Semaine 42 :

Cette semaine j'ai envie de m'amuser. La pression est très forte et surtout, j'apprends énormément. Beaucoup de doutes se dissipent, le contact humain et l'apprentissage que j'en ressors est incroyable, j'ai l'impression de mûrir en quelques jours et parfois tout ce que je pensais acquis est remit en question sur un entretien. Je prends les pinceaux et je m'amuse. Finalement cette photo à une portée étrange, comme si j'étais dépossédée de moi même entre folie douce et changement. Elle ne me correspond pas alors je l'aime beaucoup.

Semaine 43 :

Je suis vidée, c'est halloween et cela fait 1 mois que je reçois des participantes. J'ai envie de faire quelque chose de thématique mais aucune énergie, encore une fois atteinte de je ne sais plus quelle maladie. Je décide tout de même de tenter quelque chose dans la douceur de ce fin octobre. Je ne suis pas satisfaite, j'abandonne là, ce ne sera pas ma semaine.

Semaine 44 :
Tout a changé. J'ai changé. Les rencontres que je fais, je reprends confiance en l'humain, je réalise que Résilientes est le plus beau projet que je n'ai jamais fais, que je me suis offert un cadeau sans le savoir. Un cadeau difficile, violent, brutal, le cadeau qu'il me fallait pour ma 26e année. Je dors à nouveau comme une masse, je passe des heures à échanger avec mon mari à propos de ce que l'on me confie, je refais mon enfance et ce que je suis à la base de mes nouveaux éclaircissements sur le genre humain. Je n'ai plus d'inspiration pour le projet 52, trop occupée à autre chose, alors je décide de capturer ça, cette paix, cette force intérieure, et rien de plus.

Semaine 45 :
Petit à petit mon visage change, je me trouve sereine et ça se voit sur mes traits. Cela fait longtemps que le travail ne m'a pas tant épanouie. Je décide de faire quelque chose en adéquation, de doux, à la sortie de la douche sur mon lit. Quelque chose qui pourrait dire « je me sens bien ». J'ai l'impression que l'objectif est atteint.

Semaine 46 :
« Résilientes » m'a donné suffisamment confiance pour que j'ai envie de me réapproprier pendant quelques instants un style qui a été le mien durant presque dix ans. Je prends beaucoup de plaisir à me maquiller et à mettre en scène cette photographie. Je me trouve rajeunie, voir même jolie. J'oublie quelque instant le poids de toutes mes responsabilités, la vie très adulte que je mène entre mes enfants et mon entreprise. Je porte la croix en argent et saphir de mon mariage et je reste maquillée telle quelle pour aller chercher ma fille. Je n'ai que des compliments.

Semaine 47 :
Les entretiens du projet vont se terminer, l'air se fait glacial. J'ai besoin de voir autre chose, de sortir de chez moi ou j'ai réalisé la majorité des photos précédentes par faute de temps. J'emmène ma famille au lac asséché du Bimont près de Vauvenargues ou l'on se déshabille avec mon fils le temps de cette photo contemplative ou j'apparais le plus simplement du monde assortie à Aidan et à ma chienne Padme qui n'était pas nécessairement prévue au programme mais qui ajoute quelque chose de familiale et la touche canine qu'il manquait à cette année d'autoportrait.

Semaine 48 :
Il neige sur Aix en Provence, c'est un samedi. C'est la première fois que je vois la région se couvrir d'un manteau blanc et quel contraste avec ces 30 cm de poudreuse immaculée. Aucune photo n'était à l'ordre du jour mais je ne peux pas passer au delà, ce serait manquer une occasion unique. Alors que chacun se prépare pour un bonhomme de neige, j'en profite pour installer mon pied et mon trench et mettre à l'honneur mon nouveau tatouage, symbole du féminin sacré, réalisé la semaine passée en hommage à « Résilientes ».

Semaine 49 :
Je suis à nouveau pétrie de doute. Je viens de lancer la campagne Ulule pour financer le livre du projet et elle n'avance pas comme je le souhaitais. Je remets en cause ma capacité à faire les choses correctement et l'intérêt que je sucite. Parallèlement, je regarde la série « The Crown » et voit la princesse Margaret se faire photographier en clair obscur par un artiste nommé Antony Armstrong-Jones, ça me donne une idée. Après coup je n'apprécie pas cette photo prise en lumière naturelle, mon nez n'est pas dessiné et semble plus large qu'il ne l'est en réalité, mes traits sont lourds mais c'était une expérimentation de plus, pas nécessairement la meilleure.

Semaine 50 :
Cela fait deux semaines que j'ai pris cette photo et je ne sais déjà plus d'ou j'en tirais l'inspiration. J'ai créé une jupe pour Noël, ma première et je trouvais qu'elle donnait un côté un peu ballerine, finalement on la voit très peu. J'aimais bien cette idée d'être aveugle au moment ou j'ai le plus le sentiment de retrouver la vue, ou ma dimension artistique et psychologique s'éclaire complètement. J'ai caché d'autres symboles dans la photo, je laisse ça aux experts et à ceux me connaissant vraiment.

Semaine 51 :
J'avais envie de quelque chose d'à la fois hivernal et de sexy. Je laisse rarement dans ma vie de tous les jours transparaître une quelconque attitude sexuelle contrairement à ce que j'ai pu faire durant une bonne partie de ma fin d'adolescence. Je différencie d'ailleurs totalement le nu artistique de la volupté qui sont pour moi deux choses qui n'ont pas grand chose à voir hormis l'intention que l'on peut leur donner vis à vis du corps dénudé. Je regrette simplement le placement de ma main droite qui tenait la télécommande. D'ailleurs la quasi totalité des photographies que vous avez vues ont été réalisée simplement à l'aide de ma télécommande que je tiens durant le cliché et l'habitude de deviner ce que va donner le cadrage. 

Semaine 52 :
Pour cette dernière semaine j'avais envie de quelque chose de très lumineux et doré. Après tout l'or fut le fil conducteur de "Résilientes" et je me sens tellement plus épanouie et complète que lorsque j'ai commencé ce projet que cela me semblait normal de faire une photographie festive et pétillante comme le champagne de ces jours de fête. Néanmoins je suis prise actuellement d'une très forte bronchite qui m'a fait passer une nuit blanche (j'ai réalisé cette photo au moment ou j'achève d'écrire ces mots) et je trouvais ça intéressant de laisser cette énorme cerne qui va du coin de l'oeil au milieu de la joue. Elle est finalement assez symbolique de cette année, épuisante, incroyablement prenante, faite de montagnes russes émotionnelles qui s'inscrivent dans une apothéose intellectuelle, psychologique et émotionnelle. 

Vous avez apprécié ces photographies et vous souhaitez saluer le travail effectué tout au long de cette année ?

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