© 2020 Hélène Rock

PROJET 52 (2019)
Un autoportrait par semaine durant 1 an. (Projet en cours depuis 3 ans)

L'année 2019 s'est achevée sur ce projet 52, le troisième consécutif (soit 156 autoportraits) que je suis très heureuse de vous présenter en ce 29 décembre. J'affectionne les trois projets, chacun avec leur histoire, petite et grande en toile de fond, mais je pense que cette année à ma préférence pour la qualité photographique, la cohérence, les efforts techniques, l'exploitation des sites naturels et l'état d'esprit par lequel il a été porté. Alors que 2017 était une année d'éclatement, que 2018 fut synonyme de remise en question personnelle sur tous les plans et d'éclosion, 2019 fût un temps de peaufinement, de maturation, de mise en pratique, d'ouverture des dernières portes, d'explosion de nombreuses barrières supplémentaires. J'y ai découvert beaucoup de force interne, j'ai osé exploiter l'estime et la confiance pour toujours mieux servir les valeurs qui définissent l'intégralité de ma vie, autant personnelle que professionnelle. Au cœur de cette année encore, la protection de l'environnement, la protection et la remise à leur juste place des femmes. Une année plus solitaire aussi, d'expérimentations diverses, de sorties de zone de confort sur tous les plans. 
J'espère que vous prendrez plaisir à la lecture et le regard de ce 3e projet 52. 


N'oubliez pas de me faire vos retours et si vous avez apprécié le travail, vous pouvez faire un petit don via tipeee à la fin de la page. 


Bonne découverte ! 

Semaine 1 : La symbolique d'un premier autoportrait de l'année est toujours très forte. Cette fois ci après une randonnée de plusieurs heures avec ma famille et des amis venus célébrer la nouvelle année la veille au soir. L'air est à la fois pur, frais dans son fond et pourtant une chaleur intense tape au sommet du mont Saint Amant ou je me tiens face au massif des dentelles de Montmirail. Je ne suis sur ces terres que depuis quelques mois et je suis encore en phase de découverte. Comme chaque 1er de l'an, l'atmosphère émotionnelle est particulière. J'ai du mal à prendre cette photo, mes enfants tournent autour, il y a plusieurs regards sur moi, je ne suis pas aussi détendue que je le voudrais mais j'aime la pureté du paysage et la courbe de l'horizon qui s'ouvre sur l'année 2019.

Semaine 2 : Quelques jours avant cette photo, j'étais passée lors d'une marche dans un petit chemin donnant sur ce qui m'a semblé être un petit champ abandonné. J'y trouve des arbres morts avec de grandes écorces qui se détachent, des herbes folles qui se parent de superbes couleurs à la tombée du jour. J'y retourne avec le souhait de mettre en avant la finesse de la peau et le contraste du noir et de la lumière que je choisi aussi de mettre en avant sur mes yeux. Un portrait qui reprends pour moi tous les codes de l'hiver provençal entre chaleur et glace.

Semaine 3 : Cette semaine la température était remontée et je continue mes explorations. Je tombe sur un espace de roseaux très graphiques qui longent le ruisseau du Groseau tout près de sa source. Je choisi une robe qui reprends les couleurs du paysages et je test plusieurs choses pour donner du dynamisme à ma composition par contraste avec la verticalité du lieu. Je me sens bien en ce début d'année, mes ébauches de sourire me plaisent assez tout comme l'harmonie des tons.

Semaine 4 : Grand écart de température. A quelques mètres du champs de roseaux de la semaine 3, la forêt s'enfonce sur les premiers versants du Ventoux. Ce jour là, le vent souffle en terribles rafales, le froid est si intense que mes mains peinent à tenir l'alumette que je viens de craquer et qui s'éteins presque instantanément. J'aime cette photo qui fut un vrai défi à réaliser car les conditions climatiques extrêmes me plaisent particulièrement et multiplient cette impression de vitalité et d'être un tout au cœur des éléments. Bien sûr il s'agissait ici travailler sur la lumière au cœur de l'ombre, de la chaleur au cœur de la glace.

Semaine 5 : Ce portrait est un peu étrange parce que je ne sais pas bien ce qui l'a inspiré. Ces larmes d'or me rappellent « Résilientes » et je pense avoir voulu commémorer la finalité de l'ouvrage, un an plus tôt. D'un autre côté, je me trouve un air d'automate qui me plaît assez, enfermée dans mon trench noir et dans mon écharpe façon lavallière comme une certaine Libertine que je connais si bien...Je me souviens particulièrement de la chaleur de ce moment et de cet instant sans pour autant me souvenir de ce qui se jouait précisément derrière ce regard perdu.

Semaine 6 : J'apprécie beaucoup cet autoportrait parce qu'il concentre mon début d'année 2019. J'ai vécu deux mois très heureux en février et mars, pleins de possibles, avec des débuts d'accompagnements en tant que doula – mes premiers – et des révélations sur le plans artistiques. Profitant toujours de cette lumière précieuse de fin de jour dans un verger abandonné derrière la maison, j'ai le souvenir d'une séance facile, inspirée jusqu'à ce que le soleil passe la ligne d'horizon et qu'il se mette instantanément à faire frais, me laissant ravie. Je sais que cette recette de bain de lumière est toujours fonctionnelle mais je ne m'en lasse pas, laissant le pouvoir du soleil faire le travail à ma place.

Semaine 7 : Première photo de l'année mais non pas la dernière au mont Serein à 1400m d'altitude sur ce sommet secondaire ou se trouve entre autre la station de ski du mont Ventoux. J'étais partie shooter avec Claire et mon fils et j'ai profité de la beauté des pentes pour réaliser cette photo rapide dans mes vêtements ordinaires, simplement pour la beauté du moment. Je tiens un bâton d'encent dans la bain ce qui ressemble à une bagette magique. Malheureusement la fumée n'est pas visible sur la photo. Je regrette ce petit bout rouge qui vient à mon sens casser l'harmonie de couleur de ma photo mais sans rancune.
 

Semaine 8 : Un certain manque d'inspiration durant cette semaine 8, une envie de simplicité et de noir et blanc. J'ai donc réalisé la première photo intérieure de cette année dans le silence parfait d'une maison vide.
 

Semaine 9 : Deuxième semaine de mars, je réalise cette photo dans l'optique de la journée internationale de défense des droits des femmes. Encore un petit endroit caché proche de chez moi, un terrain en friche, sauvage que j'investi en me drapant comme une amazone, le bras en l'air, conquérante. J'aime cette photo parce que j'ai écris un de mes textes les plus engagés à sa publication mais aussi parce qu'elle incarne bien le chemin de mon année, toujours plus militant et en fronde tout en étant en harmonie de plus en plus totale avec la nature et la féminité incarnés ici par cette couronne naturelle fabriquée sur place et par les bracelets de tente rouge (ces liens rouges échangés après chaque cercle de femmes que je facilite). Vous en verrez d'ailleurs beaucoup d'autres sur les autoportraits. Même si j'en possède maintenant plus de 30, je n'en porte jamais plus de 4 ou 5 sur les photos.
 

Semaine 10 : Cette semaine, je reçois la visite de Marie Delattre et de son compagnon Kevin depuis la Belgique. Je suis ravie de les retrouver et de leur faire découvrir la magie de mon secteur. Je n'ai pas revu Marie depuis d'ailleurs et elle me manque énormément. Je ne remercie pas ma phobie de l'avion pour ça. Nous décidons de faire un duo dans les vergers qui décidément me servent tant de toile de fond depuis que je vis dans le haut Vaucluse. Je n'aime pas vraiment la composition de cette photo, le sol au premier plan, l'alignement parfait des arbres qui nous donne l'impression d'être bancales mais je garde un souvenir plein de tendresse et de bonne humeur de ce duo ce qui en fait une photo à part pour moi, finalement assez transmetteuse d'émotions et de douceur.

Semaine 11 : Une de mes photos favorite du projet 52 de cette année qui pourtant n'a pas trouvé un immense retentissement. Je trouve pour ma part qu'elle correspond presque parfaitement à ce que j'avais à l'esprit en la créant. Toujours sur le Mont Serein avec la vue sur le Vaucluse et plus loin, le Gard, j'ai pris cette photo entourée de mes enfants dans un magnifique moment. J'aime sa lumière, ses lignes et l'immense sentiment de bonheur que j'avais en la réalisant. Le temps est comme suspendu sur ces hauteurs, la poésie et la magie des moments que je vis en retournant y photographier encore et encore est merveilleux.


 

Semaine 12 : Cette photo est un clin d'oeil aux tous premiers autoportraits que j'ai commencé à faire il y a presque 15 ans et ou mon appareil photo apparaissait toujours dans la glace. Je trouvais ces bandes très graphiques lorsque le soleil atteignait un certain angle par la fenêtre de ma salle de bain et j'ai simplement décidé de les exploiter. Une des photos les plus érotiques de l'année mais qui n'a pas du tout la vocation à l'être pourtant. J'aime les vergetures qui sont en sens inverse des lignes de lumière et c'est également l'apparition pour la première fois de mes bandes agrémentées de leurs nouvelles fleurs tatouées par Marine la veille.
 

Semaine 13 : L'une des photos les plus appréciées de l'année par vos retours, ces photos « symboles » comme il y en a quelques unes sur une session de projet 52. Le tatouage est flamboyant, tout neuf, l'air est incroyablement pur pour un fin mars. Je partage un moment forestier avec l'un de mes chiens et j'utilise un châle prêté par Emma pour l'un de mes shootings du « Marteau des Sorcières » qui s'harmonie bien avec l'écorce en arrière plan. Je n'ai pas de commentaire à faire sur mon expression qui est simplement l'empreinte du moment présent, de la force de cette neige puissante et du cœur de la forêt, je ressens, je suis. Je trouve intéressant d'avoir pris cette photo après la photo des vergers avec Marie, cela montre bien les écarts de température qu'il peut y avoir sur nos hauteurs.

Semaine 14 : Calme avant la césure. J'ai réalisé cette photo dans les Alpes sur le massif de Belledone, une fois n'est pas coutume. Superbe moment passé avec Julie a réaliser des dizaines de clichés. Je découvre un autre paysage, une autre force. J'ai beaucoup de chance dans ces pâturages (je perdrais mon portefeuille, rapporté par des randonneurs), je me sens bien, vivante, je profite de la chaleur sur ma peau et naturellement j'immortalise l'instant avec ces monts encore enneigés dans les premiers jours d'avril.

Semaine 15 : Le plus beau de mes rosiers est en fleur. Il offre une toile de fond incroyable pour une photo esthétique comme je n'en ai pas réalisée depuis longtemps. « J'emprunte » un lilas à mes voisins, je me laisse couler vers la beauté pure du printemps et par le parfum enivrant des fleurs autour de moi.

Semaine 16 : Rien ne va plus. Je suis très affectée par l'incendie de Notre Dame, j'ai beaucoup de doutes personnels, je me sens glisser vers une pente que je ne maîtrise plus vraiment. Mais la chaleur revient petit à petit, la nature s'ouvre et ondule sous le vent. J'essaie d'en profiter, d'être sereine mais je vois sur mon visage que quelque chose a changé, qu'il n'est plus aussi heureux qu'en début d'année, plus préoccupé.

Semaine 17 : Il existe deux versions de cette photo. Une version « X » proposée sur le groupe secret « Hélène Rock Photographie » qui avait beaucoup fait parler d'elle et une version prude, cette ci, seconde photo en intérieur du projet à la semaine 17 dans l'espace que j'utilise pour animer mes tentes rouges. Photographie prise dans le cadre de test sur l'imagerie érotique, son traitement, sa lumière. Toujours ce visage préoccupé...

Semaine 18 : Début de 3 semaines de catastrophe photographiques. Photo réalisée à la source du Groseau au pied du mont Ventoux (on voit l'eau sortir de la montagne en arrière plan). L'eau était gelée, je n'arrive pas à obtenir une photo nette (mes autofocus sont cassés et il m'est impossible de retraverser pour régler), il vente, j'ai froid, je suis crispée. Hormis le cadre, rien n'est à garder pour moi dans cette photo.

Semaine 19 : J'aime beaucoup la deuxième version de cette photo, avec la robe portée, toute en verticalité, que j'ai réalisé en même temps. Je garde pourtant celle ci pour le projet car elle est inédite. Là encore j'aime le décor mais je manque de netteté et je me trouve trop crispée pour l'aspect sauvage que je voulais donner ; j'étais en équilibre très instable et il y avait beaucoup de passage de randonneurs.

Semaine 20 : Comme pour les deux dernières, j'apprécie le cadre de cette photo, sa lumière, ses couleurs, les petites fleurs qui viennent pointer dans les vergers abandonnés (les mêmes que pour la semaine 6) mais je me trouve déconcentrée (ma famille était à côté de moi) et surtout désincarnée. Les moments que je traverse sont difficiles, emprunts d'un certain vide sur de nombreux plans et pénétrés de remises en question bouleversantes. Cela se ressent dans mes réalisations.

Semaine 21 : J'y suis arrivée, le portrait qui veut tout dire. Face à ma fenêtre dans mon bureau, je créé cette image un jour de trop plein. L'émotion est à nouveau au rendez vous pour dire tout ce qui se joue ces dernières semaines et que je n'arrive plus à photographier ni à vivre sereinement donc je décide de lâcher prise et d'exploiter cette forme de débordement. Troisième photo en intérieur, sincère mais bien trop constastée dans son traitement.

Semaine 22 : Cette photo est l'une de mes favorites du projet. Je prends le pouvoir et cela me donne une apparence plus guerrière. Je photographie cet autoportrait en forêt juste après une énorme averse. La nature brille et scintille de mille feux, j'ai l'impression de faire corps avec mon environnement, je me repose de ces semaines compliquées entre les arbres, le silence et la lumière. Je choisi mes couleurs de vêtements assez inconsciemment et je trouve que ce bleu apporte un plus à la composition. J'ai réalisé près de 6 photos réussies ce jour là - ce qui veut souvent tout dire en terme de moral et de créativité - , j'en exploiterai deux.

Semaine 23 : Par opposition voici une des photos que j'aime le moins cette année (semaine 18 mise à part). Je réalise ce cliché après 5h de randonnée qui ne devaient en être que deux, erreur de balisage. Le soleil est écrasant, nous sommes proches de la canicule, je marche avec Lyne, enceinte, qui s'épuise, ma chienne quasiment à l'agonie avec notre manque d'eau et ce chemin dans les dentelles de Montmirail qui semble ne plus se finir. J'ai beaucoup de mal à profiter du paysage et à faire une photo correcte. 

Semaine 24 : L'inspiration revient en force et je réussi l’exploit de réaliser au moins 10 semaines de photographies marquantes. L'été arrive, la chaleur s'empare de notre région et je pars me photographier dans un spot de cascade sur l'Ouvèze qui deviendra mon QG jusqu'au mois de septembre. Je m'amuse à réaliser cette pose longue et à jouer de la merveilleuse couleur de l'eau et du soir qui se couche. Je me sens à nouveau reliée, en harmonie. L'été ne sera pas évident, comme de nombreux étés depuis plusieurs années mais l'inclusion naturelle est totale, merveilleuse et puissante.

Semaine 25 : Nous prenons la route en famille direction Sault un soir d'orage. Il n'y a personne le long des kilomètres de champs de lavandes. Je m'éloigne de mes enfants pour réaliser cette photo en bordure de champs en prenant garde à ne rien abîmer autour de moi. L'odeur est puissante, le ciel est noir, le vent se lève, l'atmosphère est chargée, magnifique. Je me sens à ma place.

Semaine 26 : Il fait très chaud en cette semaine 26. Nous sommes à la fin de l'année scolaire, je me retrouve seule à Carpentras dans le mas de ma mère. Le soleil est écrasant, je n'ai pas beaucoup de temps en soirée pour attendre que le soleil se couche alors je décide de prendre cette photo dans la piscine qui à l'avantage d'avoir une couleur intéressante et des lignes très franches. Ma peau est bronzée, voir rouge, je me suis égratignée de partout ce qui tranche avec l'harmonie de l'eau et le calme ambiant. Une prise de vue peu habituelle mais qui m'a été intéressante à réaliser.

Semaine 27 : L'été est bel et bien là. Je décide de monter au Mont Serein dans une clairière investie quelques jours plus tôt pour une soirée musicale organisée par mon mari. Je suis perchée sur les hauteurs, enclavée dans cette prairie entourée de roches et laissant un triangle de vue sur la vallée ou s'engouffre le soleil couchant. Je me sens reliée, pleine de cette énergie tribale qu'offre l'été et le champs de tous les possibles. Je décide de faire une photo topless assumée ce qui m'est très difficile mais qui correspond à l'énergie du moment. Autour de moi dans les fourrées j'entends une bête indéterminée qui m'observe, se fige quand je siffle et reprends sa curiosité dès que je ferme les yeux.

Semaine 28 : En vérité, la semaine 28 a été prise au même moment que la semaine 27, petite triche qui vous permet de visualiser la clairière en question. Le soleil est bas, le froid des 1400m commence à se faire sentir avec la nuit qui arrive. Je change de ton, me concentrant sur l'anxiété écologique que je ressens depuis plusieurs mois et mon désespoir à ne pas réussir seule à protéger tout ce que j'aime et qui s'étale sous mes yeux sur cette montagne mais également loin à l'horizon dans les villes qui s'étalent à mes pieds. Je prends conscience d'être à la fois tout et rien, ma seule chance et un grain de sable dans une humanité qui se perd. J'écoute en boucle "Manila Hotel" de Bernard Lavilliers.

Semaine 29 : Il existe deux versions de cette semaine 29. Après avoir hésité et vu l'engouement pour cette photo sur les réseaux j'ai choisi de la conserver. Autoportrait réalisé sur un coup de tête lors d'une soirée musicale au bord de la rivière. Je suis partie m'isoler devant la beauté de la lumière donnant ces tons bleutés à l'eau et à l'environnement en toute fin de journée alors que le soleil avait disparu derrière les sommets environnants. J'ai du aller vite car plusieurs petits groupes m'entourait à une dizaine de mètres et j'ai profité d'un moment ou chacun était occupé à quelque chose. Le titre de cette photo « infection » a notamment fait un peu parler sur les réseaux, je choisi de le garder pour moi mais j'aime particulièrement cette version de dos, dos à la difficulté dans un minimaliste de préservation, les bras autour du corps qui me correspondait particulièrement à ce moment.

Semaine 30 : Photo réalisée en Isère, une fois n'est pas coutume. Je pense que vous notez bien le changement de décor. Je suis partie 24h faire une pause avec mes amies au dessus de Grenoble pour l'occasion d'une soirée feu de camp dans la forêt et camping dans la voiture. J'ai été me photographier sur le spot de lancement de parapente au levé du jour, à Saint Hilaire du Touvet, avec sous ma chaussure 1000m de vide. Je me souviens très bien de ce moment. Je suis rarement dehors à l'aube et le moment était particulièrement fort. L'altitude me plaît énormément, cette impression d'être au dessus du monde est l'une des plus apaisantes.

Semaine 31 : J'ai réalisé cette photo initialement pour le calendrier historique 2020 « La danse des roses » avec une tenue signée La malle de Delphine. Au point du jour et à la fin de l'été devant la chapelle du Groseau chez moi, je ne l'ai pas conservé parce que je ne la trouve pas suffisamment aboutie. Néanmoins je garde un souvenir apaisant de sa réalisation et de l'ambiance paysanne qui me traversait l'esprit en la réalisant.

Semaine 32 : Retour à la rivière à Entrechaux, devenu mon QG estival à quelques jours de la rentrée des classes. J'avais envie de me voir une dernière fois comme j'ai été durant 6 semaines, les pieds nus à peine vêtue, les cheveux libres, tribale et sauvage avant de devoir bientôt me plier à l'hiver, au froid, aux pulls que je ne sais pas assortir, à ces vêtements qui m'encombrent et m'oppressent. Ce premier été dans le Vaucluse fut très introspectif, méditatif, bousculant, comme toujours mais plus serein que ces dernières années. L'eau a été salutaire, le souvenir est gravé.

Semaine 33 : L'une des photos les plus difficile à réaliser de l'année. Elle est imparfaite et pourtant c'est l'essai le plus réussi que j'ai gardé. La difficulté se trouvait dans la localisation du spot. J'avais repéré ce mur très ancien dans les bois recouvert de lierre, de mousse et de branches en sortant de tout part. Je voulais une photo dynamique, sauvage tout en étant mode. Seulement le terrain était en pente à plus de 30% et le mistral était de sortie. Le trépied est donc tombé plusieurs fois avec le matériel et j'étais moi même très instable dans la pente qui s'effondrait sous mes pieds. Après plus de 60 essais et 1h30 de prises de vues, j'ai abandonné sur la toute première photo prise, celle ci.

Semaine 34 : Retour à l'intérieur, je me rends compte à quel point cela a été rare cette année à ma grande satisfaction. J'avais envie de mettre du glamour dans mes photos en cette fin d'été. L'installation de la coiffeuse de ma grand mère dans ma chambre après un an en pièce détachée m'a grandement aidé à la réalisation de cette photo « jeu de miroir ».

Semaine 35 : Ceux qui suivent de près mon travail auront bien sûr reconnu le rocher ayant servi de décor à la photo emblématique du calendrier MOON fin 2018. Retour à la tombée du jour avec mon amie Lyne pour réaliser des photos pour le projet d'éco-féminisme. J'ai profité du moment pour réaliser mon propre autoportrait à la plus grande distance jamais faite, avec le téléobjectif. J'aime tant ce lieu, sa poésie, sa majesté, sa pierre noire et les contrastes que cela peut apporter. Je me sens libre et en harmonie avec ce que la nature m'offre. Cette robe comme une goutte de sang sur la pierre...

Semaine 36 : La semaine 36 est la semaine de mon anniversaire. Je réalise ces photos au naturel dans ma chambre pour immortaliser fidèlement le visage de la femme que je suis à 28 ans. J'y vois ses changements, ses épreuves, ses apaisements, sa sérénité, sa détermination et son bonheur qui arrive après des années de quête. J'ai réalisé cet autoportrait comme si je ne me photographiais jamais, comme à l'époque ou l'on donnait une photo à nos petits enfants en disant « ça, c'était moi quand j'étais jeune », comme la photo que je peux être fière de présenter aux gens qui ne me connaissent pas, sans art, sans aprioris, sans messages.

Semaine 37 : Voici une photo flou. C'est comme ça que j'aurai envie de légender cet autoportrait. Réalisé au moment de photographier la couverture du calendrier 2020, j'ai choisi de la retenir pour le projet plutôt que « l'originale » parce que j'aime cette ouverture sur ce petit chemin que j'adore emprunter, la lumière d'automne merveilleuse qui l'accompagne et l'harmonie dans laquelle toutes les couleurs s'inscrivent. Mais elle est flou.

Semaine 38 : Cette photo marque un tournent dans mes décisions photographiques. Cela fait plusieurs mois que je veux mettre plus en avant le sombre, le noir dans mes photos en allant puiser non seulement dans mes inspirations dark qui m'ont suivi une grosse partie de ma vie mais aussi créer des images plus percutantes et utiliser la sous exposition plus souvent pour donner un caractère plus pénétrant. Après avoir brainstormé un moment, je me lance avec cette photo de dos dans les verges qui commencent à offrir les couleurs automnales d'un véritable tableau. J'aime travailler les muscles, la peau, les grains de beauté, la géométrie du corps mais je ne me crois pas suffisamment douée pour le faire. Je me donne la mission de réussir.

Semaine 39 : Sur cette ligne directrice je continue la série avec ce nu intégral en pleine nature un matin gris de semaine. Ce tronc offrant ces branches blanches et tortueuses et ce parterre de fleurs violettes m'appellent irrésistiblement. Je leur laisse tout l'espace qu'ils méritent en me photographiant à nouveau de dos.

Semaine 40 : Je réalise cette semaine l'une des photos les plus emblématiques du projet, en tout cas portée comme cela sur les réseaux. Je remonte sur les pentes du Ventoux qui offre un paysage orange à couper le souffle, encore accentué par la profondeur de champs de mon téléobjectif. Le vent est avec moi, l'instant est heureux, il marque tout le chemin parcouru, l'alignement total entre mes valeurs et ce que je fais de ma vie jour après jour. J'ai l'impression d'avoir atteint un cap, d'ouvrir les portes de l'estime, d'oser exister en tant que personnes sans remettre en question tout ce que je fais, je pense, je renvoi. La déconstruction est bouleversante et enveloppante.

Semaine 41 : Je découvre un petit chemin que je n'avais encore jamais appréhendé au pied de la montagne. La pluie se met à tomber et je continue mon exploitation du noir et des clairs-obscurs avec une photo mouillée qui m'offre des verts et bleutés d'une magnifique intensité. Je remercie le ciel pour ce moment, ces odeurs, cette poésie forestière.

Semaine 42 : C'est Halloween. J'explore de nouveaux chemins et je tire profit des toiles de fonds aussi diverses que variées offertes par la nature qui entoure mon domicile. Je n'ai pas grand chose à apporter à ce portrait réalisé dans l'esprit de liberté et de puissance offerte par l'imagerie des sorcières modernes. Je continue néanmoins mes explorations du corps en tendant mes mains et en harmonisant les lignes de constructions de l'image.

Semaine 43 : Je continue d'explorer le sentier découvert en semaine 41 qui s'est en plus paré de multitudes de petites feuilles oranges qui semblent donner une impression de ciel étoilé. Je n'avais pas prévu de prendre nécessairement de photos de moi ce jour là, j'étais plutôt partie sur une exploration de la nature. L'envie me prends lorsque je découvre cet arbre tout à fait étonnant. Je pends alors mon appareil photo à une branche que je fais tenir par le dessous à l'aide d'un bâton. J'aime ce qu'il me donne à voir, cette instabilité qui ressemble à la végétation environnante et pourtant cette impression de solidité consolidée par la prise de vue au ras du sol.

Semaine 44 : Les premières neiges sont tombées sur le Mont Ventoux. Je continue l'exploration du noir et je pars à la découverte des bois et de leur silence magique et entêtant, de la neige qui tombe d'un arbre, des sabots des animaux camouflés à l'oreille des chasseurs par le manteau blanc. J'essaie de me fondre dans le décor, de devenir moi aussi un animal du froid mais mes mains sont gelées, la pente est instable et la batterie de l'appareil photo à froid. Il faudra faire vite, je décide de garder cette photo assez dynamique et harmonisant les couleurs.

Semaine 45 : Une de mes photographies les plus construites de cette année bien qu'elle soit essentiellement remplie de vide. J'essaie année après année de travailler le minimalisme mais j'ai l'impression que cela n'est définitivement pas une évidence pour moi. Je m'en vais sur la station quelques jours après de grosses chutes de neige suite à cette image qui s'est imposée à moi en rentrant de Paris en train. Les liens rouges symbolisent la sororité, l'extension de mes bracelets que j'accumule après chaque cérémonie du lien reliant toutes les participantes lors de mes groupes de parole. Quand j'arrive sur place je constate plus d'un mètre de neige. Les poteaux qui balisent le chemin ont disparu. Sans raquette, je tâte le terrain en me rendant compte que là ou la neige n'est pas gelée, je ne peux plus avancer. Je me contente du haut de la colline et j'observe cet infini entre ciel et neige. Je décide de m'y placer là encore en faisant vite, j'ai très froid et des randonneurs en raquette ne cessent de passer à côté de moi en me dévisageant ce qui me déconcentre mais je serai très fière du résultat.

Semaine 46 : J'avais cette semaine encore une idée précise de ce que je voulais mais la météo n'était encore une fois pas de mon côté. La pluie s'est mise à tomber dès que nous sommes – j'étais accompagnée – arrivés sur les lieux. La lumière dans le feuillage était belle néanmoins, presque dorée avec le soleil couchant qui traversait encore les gros nuages. J'avais envie d'une harmonie végétale, de peau, de muscle, d'os, de me fondre avec la forêt. Je n'ai réalisé que deux prises pour cette photo car je ne voulais pas d'effet mouillé. Je regrette le positionnement de ma jupe mais j'ai appris à me contenter de l'authenticité...L'atmosphère se transforme, l’inquiétude revient, des douleurs apparues ce printemps ne font que se rappeler à mon bon souvenir, la sérénité s'échappe.

Semaine 47 : Cette semaine je suis en colère. Je suis en colère contre l'inaction écologique, contre les fémicides qui ne cessent de se poursuivre, contre certaines constatations que je fais au sein de mon métier. Je décide d'aller marcher rapidement pour évacuer cette colère tout en emportant le matériel mais sans envie particulière autre que de me montrer telle que je suis, drapée dans le noir, combative mais fatiguée. Je rejoins un de mes petits coins préféré dans un verger envahi de végétation. Je ne quitte pas mes écouteurs, je ne cherche pas à arranger mes cheveux, je suis telle que l'on peut me croiser, l'instantanéité de mon sentiment.

Semaine 48 : Je suis en panne. Il se passe plein de choses dans ma vie pas nécessairement drôles, j'ai de gros réveils de douleurs, des examens à faire, il fait un froid mordant dehors avec beaucoup d'eau, je suis épuisée par l'accompagnement d'un accouchement merveilleux mais extrêmement énergivore, bref je n'ai aucune envie de me photographier. Je prépare ce soir là ma tente rouge – groupe de parole pour femmes que je facilite une fois par mois – que je décore soigneusement pour Noël et que je charge de bougies. C'est beau, enveloppant, sécurisant. Je décide donc de m’asseoir là, au milieu de cet environnement familier que j'ai construit mois après mois avec amour. Je me rends compte ensuite que j'ai l'air perdue, de « débarquer ». C'est un peu moi en ce moment, c'est bien comme ça. Photo réalisée uniquement à la lumière du feu, d'un côté comme de l'autre.

Semaine 49 : Je frissonne sans arrêt, j'ai mal, mon corps est fragile. Fibromyalgie, spondylarthrite, neuropathies, je suis en examens, je me sens en repli. Il pleut, pour changer et j'ai beaucoup de retard. La fin de l'année arrive dans trois semaines, il me reste encore 4 photos à faire. Je décide de rester dans ma chambre, je choisi la nudité face à ce lettrage que j'ai peins il y a quelques mois « Liberté, j'écris ton nom » petit clin d’œil à mes décisions de bien faire ce que je veux de moi-même. Je choisi une pose d'entrave, une pose fragile et qui prends pourtant des allures sensuelle. Tout est à sa place.

Semaine 50 : J'ai une idée très précise de ce que je veux ce soir. Je monte à la station avec ma famille mais le vent nous bouscule, le froid est mordant. J'enregistre les nuages, le monde qui respire sous nos pieds mais impossible de ne faire qu'un avec cet environnement, je suis gelée, je sens que ce n'est pas ma place. Je décide de descendre et de tenter ma chance à 20 kilomètres de là, sur le bord de rivière ou j'ai tant photographié cet été. J'y suis allée avec des clients quelques jours avant, j'ai une idée précise de la lumière qu'il y aura dans 30 minutes. Chaque minutes comptent. J'arrive sur le site en courant, je me déshabille et réalise ce cliché juste avant que le soleil ne passe derrière la colline. Je me sens libre, j'aurai aimé rester des heures. Cette photo est pour la fin de la décennie, l'astre disparaît mais comme on le dit dans le monde scientifique « la seule certitude que nous ayons est que le soleil se lèvera demain matin ».

Semaine 51 : Je suis en retard, encore. Deux semaines passent, nous sommes à quelques jours de la fin du projet, je dois réaliser les deux dernières photos sur deux jours. Là encore j'ai une idée de ce que je veux depuis un moment. Prendre le pouls de la terre, d'un arbre. Je ne trouve aucun endroit dégagé comme je l'aurai voulu, au sommet d'une colline avec un beau chêne blanc par exemple. J'accumule les mauvaises nouvelles, la période est sombre, en repli, nerveuse. Je paye le prix de mes convictions et de ma liberté d'être. Je monte sur les versants et je m'enfonce comme rarement auparavant. Tout est calme, la forêt m'enveloppe de paix. Je trouve de nombreux arbres couchés, celui ci m'appelle. Je réalise cette photo entre colère et impuissance mais je remercie longuement cette clairière de m'avoir accueillie pour quelques dizaines de minutes d'un calme absolu. Je choisi volontairement une tenue de "sorcière" pour cette photo à la symbolique écologique, pense à intituler ma photo "femme médecine" puis me ravise. La science mérite sa surpuissance.

Semaine 52 : Le lendemain. J'ai cette envie de photo depuis que j'ai reçu cette paire de boucle d'oreille a Noël. J'allume 39 bougies, je fais plusieurs tests pour avoir la bonne lumière, je mets un CD dans ma chaîne hi-fi, je ferme mes yeux et je respire cet air de fin, ces blessures, enveloppée par le feu et la présence apaisante de mon chez moi. J'aime beaucoup cette photo, ce qu'elle dégage, la façon exacte dont je me sens en cette fin d'année. A la fois inanimée et pleine d'espoir, à la fois bouleversée et emplie, avec ce sentiment de transparence mêlé à ma force. Je me rends compte bien après coup au moment de l'enregistrement qu'elle ressemble beaucoup à la semaine 48, l'ambiance, la lumière, la robe. Tout y est pourtant très différent, je me rends, nous ferons, moi à la réalisation, vous à l'appréciation, encore beaucoup d'images en 2020.

 

Je vous remercie pour votre lecture. L'art n'a aucune valeur sans spectateurs.
Si vous trouvez que tous ces efforts photographiques valent quelque chose, vous pouvez me donner 1€ ou plus sur ma page Tipeee.


 

Rendez vous l'année prochaine pour un 4e projet 52. 
Que la lumière inonde chaque seconde de vos vies.