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Projet 52 - Année 2020

Un autoportrait par semaine sur un an. 

4e édition du projet 52 commencé en 2017 soit 208 autoportraits successifs. 

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Semaine 1 :

Nous sommes la première semaine de janvier. Le Haut Vaucluse est recouvert d’une épaisse couche de glace. Je pars tôt pour cette première photo de l’année, toujours un peu initiatique car j’ai la croyance que si la première photographie est réussie, le reste suivra le rythme de cette confiance. Je réalise aujourd’hui que la toute première photographie du projet 52, en 2017 a été réalisées dans les mêmes conditions, au petit matin dans la glace. Je suis éprouvée personnellement pour commencer cette année 2020 mais à aucun moment je n’aurai pu me douter des méandres sur lesquels elle allait me mener. Une année comme je n’en ai jamais connu, de croissance, de bouleversement, de maturité mais également de tourments, allant parfois jusqu’à un sentiment d’insoluble, de tourbe. Je suis très heureuse d’avoir poursuivi le projet 52 jusqu’en 2020, en garder une trace était pour moi plus que nécessaire.

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Semaine 2 :

Je me souviens très bien de ce moment. Cette photographie a été prise, tout comme la semaine 3, un matin du 12 janvier dans les forêts du Mont Serein sur le Mont Ventoux. Je suis montée avec Alex mon mari, il faisait un froid mordant (nous sommes là à 1400m) ou nous nous passions la bouillotte, le thé. Nous avons beaucoup ri, dans un sentiment d’unité très fort.
J’étais à cette époque très fragile physiquement, grignotée par la maladie auto immune que nous avions découvert quelques mois plus tôt. Je me sentais sur un fil, en équilibre instable, émotionnelle, comme une brindille. Il était d’autant plus important pour moi de m’appuyer au tronc sec mais bien ancré de ce mélèze, illustration du soutien inconditionnel que m’offre la forêt depuis des années.

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Semaine 3 :

Cette photographie a été prise au même endroit que la précédente. J’avais repéré ce tronc lors d’une marche quelques semaines plus tôt. A l’heure ou j’écris ces mots cette photo a été le plus gros défi physique que j’ai eu à réaliser cette année – (EDIT fin décembre, c’était sans compter sur mon expédition avec Julie il y a quelques jours..). Le tronc était couvert de givre, glissant, la température était dans les négatifs et je n’aurai pu réaliser cette photo sans aide, pour monter rapidement et pour me réchauffer immédiatement après la prise. Mais j’avais besoin de commencer l’année très tôt par un nu, de me sentir vivante au milieu des éléments. Cette photo est avant tout un magnifique souvenir.

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Semaine 4 :

Je n’ai pas grand-chose à dire sur cette photo hormis qu’elle a été réalisée devant un petit abri en pierre de style néoclassique perdu au milieu des champs au pied du Ventoux et dont je ne connais pas l’histoire mais qui évidemment m’a attirée. Le froid était là encore mordant et je souffrais beaucoup de mes articulations ce jour là. Je me suis arrêtée à la première photo que j’ai trouvé acceptable.

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Semaine 5 :

Cet autoportrait a été réalisé dans une friche que j’aime beaucoup en bordure d’un petit bois derrière Malaucène. Ce matin là le givre était particulièrement épais. Il existe des endroits comme celui ci qui sont des repères, dans lesquels je me sens naturellement bien, ou je ne vais que pour exister loin du monde, quelques instants et dont ces photos sont le reflet.

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Semaine 6 :

Une photographie affreuse que je ne regrette pas d’avoir réalisé pour cette semaine 6. Je m’étais rendue ce jour là au lac du Paty, lac artificiel appartenant à une commune voisine. J’ai cru y trouver de la paix au cœur du mois de février mais il y avait beaucoup de monde ce jour là, essentiellement des pêcheurs. Je me suis glissée dans les bois environnants mais je n’aime pas beaucoup cette végétation de petits chênes verts. J’étais particulièrement épuisée ce jour là, agacée, et très douloureuse. Ma maladie m’empêchais de me servir de mes mains et de mes jambes, rien ne fonctionnait. J’étais en colère contre moi-même, contre la maladie. Alors j’ai décidé de tout arrêter, de remettre mes vêtements de ville et de capturer mon état à l’instant T. Je me suis rendue compte à mon visage très marqué par les cernes et l’épuisement d’à quel point mon état était sérieux. J’ai décidé de me contenter de cette photo comme d’un moment autobiographique, simplement.

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Semaine 7 :

Durant cette semaine 7 je n’allais guère mieux mais les 4 ans de ma fille m’ont donné un petit coup de boost, je me suis promis de vaincre la maladie ou à défaut d’apprendre à vivre avec. Il existe un petit champ d’oliviers abandonnés sur la route de Beaumont du Ventoux, je m’y suis rendue au coucher du soleil et ai été soufflée une fois encore par la puissance d’un couché de soleil d’hiver. Il y avait en moi dans ce mois de février 2020 une grande fragilité doublé de beaucoup d’espoir en l’avenir, en notre soleil à tous.

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Semaine 8 :

J’adore cette photo. C’est l’une de mes favorites du projet 52 de cette année et elle m’a accompagnée en photographie de couverture de très nombreux mois. Nous sommes toujours en février contrairement à ce que la lumière et ma tenue indique. Ce soir là il faisait un peu moins froid qu’habituellement sur le Mont Serein. La lumière baissait tranquillement et je sautais sur la lande les pieds nus gelés dans le couchant, prenant des dizaines de photos, dansant, tournant sur moi-même dans une solitude absolue, un terrain immense donnant sur un panorama de roi sous mes pieds. Je me suis amusée, j’ai ris toute seule et j’ai fini assise là, à regarder le soleil s’en aller, ancrée, vivante.

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Semaine 9 :

Une semaine plus tard me revoilà en solitaire sur les monts du Ventoux, un peu plus bas sur un pic rocheux que j’adore. Balayé par les vents, à la perspective magnifique, cet endroit est un petit havre de paix, invisible de la route et même des promeneurs. Le ciel de cette fin d’après midi est à la fois pluvieux, orageux et bleu. La santé fluctue mais les escapades en solitaire apaisent.

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Semaine 10 :

Les cloches ne sonnent plus les guerres mais cette semaine était comme si. Nous seront confinés demain. Les 8 prochaines semaines seront presque toutes réalisées dans le kilomètre entourant mon domicile. Mais ce dimanche là, nous montons une dernière fois. Je trouve un espace bûcheronné ou une majorité de grands pins sont à terre. L’ambiance est clémente, la sciure et les branches recouvrent la terre. J’envoie ma famille s’amuser plus loin et je reste dans le silence de ces grands arbres qui vivent leurs derniers instants. Le parallèle avec ce que nous allons vivre, la folie qui nous guette à ce moment là s’impose à moi. Je saisi du lierre au sol et m’en enveloppe, le regard vers le soleil qui baisse, le désir ardent de pas céder un pouce de terrain, de lutter chaque jour pour expliquer autour de moi à quel point nous avons besoin de protéger ce qui nous maintiendra en vie.

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Semaine 11 :

Je suis confinée avec mes enfants et mon mari et suis perclus de douleurs. Je sors un matin, le monde est abandonné de ses humains, les vergers bourgeonnent, les amandiers fleurissent, le temps est noir, humide. Je m’assoie dans l’eau. J’attends. J’écoute. Les oiseaux sont très nombreux, plus nombreux que jamais. Je me souviens que je pleure un peu, choquée probablement. Je réalise 5 bonnes photos ce jour là mais je retiens celle ci, celle de mes os qui me font mal, celle d’une forme d’impuissance mais aussi d’acceptation, celle qui pour moi illustre l’acceptation de me fondre dans mon environnement et de disparaître avec lui.

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Semaine 12 :

Cette semaine nous brisons la limite du kilomètre avec le sentiment de faire quelque chose de tout à fait interdit qui me dépasse. Nous allons sur la route de Vaux et nous nous enfonçant dans un lieu incroyable. Il existe entre Malaucène et Mollans sur Ouvèze une vallée profonde, comprimée entre le Mont Ventoux et les Baronnies provençales. Outre le fait d’abriter les trop célèbres Gorges du Toulourenc, cette vallée est entièrement recouverte d’une forêt de garrigue imprenable qui ne voit presque jamais la lumière en hiver. Avec ma famille nous nous enfonçons dans ce labyrinthe. Les arbres sont emmêlés, recouverts de lichen, très peu de lumière passe entre les branches épaisses. J’abandonne ma famille et j’avance, seule dans cette jungle. Je me pose et je laisse éclater mon incompréhension de la situation, ma peine, ma solitude dont cette photo est en partie l’illustration. La seconde photographie prise ce jour là, nue dans l’un de ces arbres « Containement » est l’une de celles que j’ai le plus vendu cette année, comme un reflet...

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Semaine 13 :

Cela fait un mois que nous sommes confinés. Je ne vois plus les familles que j’accompagne, je ne vois plus mes amis, je ne vois plus mes muses, nous reculons la date de commencement des formations que nous venons de mettre en place dans notre nouveau centre. Mes enfants, mon fils notamment, à des besoins particuliers. Répondre à ses besoins au quotidien est un défi mais je souffre particulièrement de devoir m’arrêter et d’attendre moi qui ai tant de mal à disparaître. Mes journées sont rythmées, toutes identiques, pour survivre au passage d’une vie bruissante, étincelante à un quotidien fait de continuité pédagogique, de douleurs liées à la maladie, de traitement introuvable (le plaquénil, « volé » par ceux qui pensent se protéger du coronavirus avec ce traitement) qui accentuent le mal. J’essaie de m’occuper, de grandir, de me nourrir mais je ne comprends plus les réactions autour de moi, mes pensées n’arrivent pas à me faire « profiter » comme tous ceux qui sont autour de moi. Je ne supporte pas de vivre en cage. Je pars m’isoler dans les bois derrière chez moi.

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Semaine 14 :

Il fait à nouveau beau, la nature explose. Partout les animaux sortent, les petites pousses couvrent les paysages d’un vert profond. L’air sent la fleur. Je me dis aujourd’hui que si j’avais eu mon téléobjectif animalier à l’époque, les affûts auraient pu être incroyables dans ce « vrai » confinement. Je vais un peu mieux. Nous trouvons un rythme. J’ai envie d’illustrer le printemps, j’ai envie d’en être. Je prends cette photo derrière l’école à Malaucène lors de notre sortie quotidienne. Le soleil me fait du bien, je reprends un peu de consistance.

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Semaine 15 :

J’oscille entre espoir et coup dur. Un soir je décide de faire des tests à la bougie parce que je m’ennuie. Je réalise que les ombres de mes cheveux me font une grosse larme noire, j’accepte cette photo, j’accepte l’unique photographie en intérieur du projet.

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Semaine 16 :

Le confinement est interminable. Un matin il pleut beaucoup. Comme souvent j’ai la bougeotte, j’ai besoin de retrouver la nature. Je prends ma voiture et je me rends dans un de mes champs bestseller derrière les anciennes papeteries à la sortie du village. Là je retrouve corps. Je sens la pluie, j’enfouis mon visage dans l’herbe, je danse un peu sous l’eau, je me photographie sur cette bûche abandonnée au milieu du champ, je goutte à la solitude, au silence surtout.

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Semaine 17 :

Les rumeurs du déconfinement parviennent jusqu’à nous. Nous sommes en mai, le printemps est bien installé et tire vers l’été mais la période est très humide. J’ai perdu beaucoup de poids durant le confinement mais je sens un léger mieux dans ma santé. J’explore chaque recoin du village en solitaire et je décide de renouer avec une forme d’art romantique que j’ai laissé de côté depuis presque un an en utilisant une rose de mon jardin. Je vais mieux, j’ai hâte de retrouver une vie mais je suis en pleine ambivalence sur l’école et la manière dont je vais pouvoir organiser ma vie avec ces nouvelles normes sanitaire et sur la nécessité absolue du monde à ralentir au vu du nombre de bonnes nouvelles qui nous parviennent du monde du vivant. Mais en photo plus rien n’a d’importance.

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Semaine 18 :

Nous seront très bientôt libre, à la fin de cette semaine. Je m’autorise une sortie dans les vergers abandonnés avec ma chienne et mes enfants. J’apprends à mon fils à se perfectionner au reflex, lui qui a pris une magnifique photo de son père et moi pour nos 15 ans de couple, que nous avons fêté autour de notre table de cuisine. Le soleil se couche, l’air sent le printemps puissamment. J’arrive en bout de course totalement retournée, mue déjà par de profonds changement qui en annoncent de nombreux autres.

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Semaine 19 :

Nous sommes libres. Ce jour même. Évidemment la première chose que je fais c’est de prendre le large. Je dépasse la frontière du village et je m’engage sur la route du Ventoux. Je m’arrête à 1000m en bordure de nuage et je respire. La brume fait des vas et viens dans les pins, le monde se tait encore pour quelques heures. Je me tourne vers la vallée, je ne vois rien, le brouillard est opaque car il a plu hier. Je me sens vivante.

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Semaine 20 :

21 mai, escortée de mon fils je m’enfonce dans les bois. Le printemps me ravi. De nouvelles dates sont posées pour le travail. Je retrouve un peu de consistance mais je suis très fatiguée et je me rends compte que le confinement à laissé sur moi quelques symptomes de stress post traumatique. Je m’amuse bien ce jour là, mon fils m’aide à coller des feuilles sur moi avec du miel et même si cette période pleine de chlorophylle n’est pas évidente à traiter en photo, j’aime cette profusion de feuille et de vie.

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Semaine 21 :

Je remonte au Mont Serein pour la première fois depuis le mois de février. Les prairies sont vertes, l’au revoir était trop long. Je n’y vais pas spécialement pour photographier et d’ailleurs je n’arrive à rien. L’heure n’est pas bonne, la lumière est trop brute et ma peau trop longtemps privée d’extérieur ne reflète pas bien ce soleil d’altitude. La photographie est ratée, j’accepte qu’il y ait quelques ratés sur un projet 52, c’est le jeu.

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Semaine 22 :

Cette semaine je prépare un événement que je mets en place professionnellement, une journée de prise de soin en nature pour femmes sur le Ventoux. Pour préparer cette journée quelques semaines plus tard, j’entreprends une randonnée de plusieurs heures sur le GR4 en solitaire. Au détour d’une combe je tombe sur ce hêtre magnifique et tortueux. J’abandonne tout pour réaliser cette photo. Une prise difficile, je ne travaille plus à la télécommande depuis presque un an et je n’ai que 20 secondes pour me placer et courir sur ce sol chargé pieds nus. Lorsque la prise est effectuée je continue à regarder le ciel à travers les arbres, je pourrais rester là à jamais.

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Semaine 23 :

La période s’apaise, l’été s’annonce. J’adore la fin du printemps. Il existe une période de quelques semaines entre douceur et chaleur, une période ou l’on frissonne encore en altitude, une période bénie d’entre deux très courte, fugace et pourtant si bénéfique. Je pars un soir sur mon rocher. Le vent est puissant et manque de me déséquilibrer, le soleil couchant est magnifique, je transmet mon apaisement à mon appareil photo. Nous sommes presque au solstice de juin, l’une de mes deux journées préférées, le monde brille différemment vu du haut.

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Semaine 24 :

Je n’ai aucun commentaire à faire ce portrait si ce n’est qu’il est raté sur de nombreux plans et s’inscrit dans cette liste de moins en moins nombreuses heureusement d’autoportraits que je garde pour finir le projet mais dont je me passerai.

 

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Semaine 25 :

L’été est installé. Je réalise cette photo un soir dans un champ que j’ai repéré en marchant. Son orientation me donne une bonne indication des lumières que j’y trouverai vers 21h30. Je profite du semblant de fraicheur du soir, je joue avec les hautes herbes, j’aime le soleil sur ma peau. La période est bonne, le coronavirus semble derrière nous, je vais partir à Lyon pour le lancement des formations, avec un fond de blessure, j’avance. Une de mes amies a par la suite utilisé cet autoportrait pour illustrer l’art de l’autoportrait à travers les siècles avec ses collégiens. Les enfants ont ensuite travaillé leurs propres autoportraits à partir des modèles proposés dont un gros nombres ont choisi ma photo. Regarder leurs œuvres et me dire que j’ai pu en inspirer certains m’a fait un plaisir immense.

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Semaine 26 :

L’été depuis que je suis arrivée dans le Haut Vaucluse je passe énormément de temps dans l’Ouvèze. Cette année n’a pas fait exception malgré le nombre encore plus important de touristes, les voyages à l’étranger étant proscrits. Je profite pour cet autoportrait que je n’ai jamais montré sur mes réseaux d’un moment fugace à cet endroit compte tenu de la configuration des lieux, l’or qui inonde la rivière, quelques secondes avant que le soleil ne disparaissent derrière une colline. Il existe des endroits repères, celui ci en est un particulièrement précieux pour moi.

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Semaine 27 :

Le coeur de l’été est étrange, je me sens étrangère à moi-même. Il n’y a pas cette année cette odeur de sable, d’insouciance, de paix qui règne les soirs de juillets habituellement. Je me sens fragile. Un matin j’admire ma Bignone qui croule sous les fleurs et me prends l’envie de cette photo. J’aime beaucoup ce portrait sans pouvoir vraiment me l’expliquer. Certainement car il fait état de cette fragilité sans que pour autant je cherche spécifiquement à l’obtenir…

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Semaine 28 :

 

Je me souviens particulièrement bien de cette matinée. Je suis montée sur le Ventoux et me suis enfoncée dans la forêt tôt. J’y ai trouvé suffisamment de fraîcheur pour me remettre en mouvement et suffisamment de solitude pour avoir envie de danser pieds nus au milieu du chemin et de ces magnifiques hêtres que j’aime tant. J’ai pris cette photographie au terme de ce moment de joie sauvage qui m’a donné un fort sentiment d’appartenance, une quasi possessivité de ces moments qui n’appartiennent qu’à moi.

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Semaine 29 :

Le coeur du mois d’août s’écoule. Je ne travaille pas beaucoup, tout le monde est en vacance, la région est surpeuplée. Je vais autant que possible dans la forêt y chercher de la fraîcheur et je prends un immense plaisir à me promener nu pied et à pouvoir faire tout ce que je veux sans souffrir des températures sur mon corps fragile. Je ne décide de rien ce jour là. Je suis habitée par autre chose, je sais aujourd’hui que ce n’était que le début d’un chemin qui continue aujourd’hui à me transformer durablement.

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Semaine 30 :

Je me souviens que je suis seule lors de cette photo. Je passe une semaine seule chez moi. Je n’ai pas vécu de moments pareil depuis la naissance de mon ainé. Je découvre un monde qui m’a toujours été inconnu. Qu’est ce que cela fait d’être adulte, et seule ? (Je suis devenue mère à la sortie de l’adolescence). Je passe mes soirées dans les champs. Je danse sur le tapis du salon, je rentre après le couché du soleil, je ne parle pas. Je découvre de nouvelles forces en moi. Je profite du temps qui n’a plus de prise et je vis au gré des cycles naturels du jour et de la nuit, pour la première fois. Je n'aime pas cette photo, les couleurs d'arrière plan me gênent, mais j'aime ce moment.

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Semaine 31 :

Août s’en va. Mes enfants sont partis avec leurs grands-parents, je suis seule avec mon mari. Nous nous organisons une virée en Camargue et étirons là encore, le temps. Revoir la mer me fait un bien fou car je rêve d’un pays ou forêts épaisses et mer se côtoient, alors je me sentirai complète. La plage sauvage s’étire à l’infini, la lune est comme toujours magnifique, à l’image de cette soirée. La photographie n’est pas aisée à réaliser, le ciel change vite mais les nuances restent subliment jusqu’à la nuit noire.

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Semaine 32 :
 

Je ne suis pas tout à fait prête à retrouver l’esprit de la rentrée, à clôturer le cycle estival qui me ramènera vers le coeur de l’hiver. Cette photo est pourtant prise juste après la rentrée des classes. Je me soustrait à l’effervescence du village et dans un grand sentiment de liberté comme seuls les freelance peuvent en avoir en s’échappant là ou chacun retourne à son quotidien, je rejoins le hameau de Vaux. Les touristes sont partis, les champs et les friches s’étendent sous les nuages. Dans l’une d’elles, je m’arrête, je ramasse du thym, du buis, les symboles de la région. Mon nez s’emplit de saveurs, je me sens fatiguée, émue, sur un goût de finitude. Cette photo débute l'ère "sombre" de l'année après m'être laissée emportée par un article dans "PHOTO" et dans laquelle je suis toujours aujourd'hui (je ne m'étais jamais sentie capable précédemment de travailler avec les noirs). 

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Semaine 33 :

Nous sommes le 10 septembre. Je vis encore avec cette photo un grand moment de grâce. La pluie frappe le Ventoux à mon arrivée sur la tête des Mines. L’atmosphère est sombre, chargée, d’épais nuages entourent les sapinières. L’odeur de la pluie sur le buis est puissante après ces mois de sécheresse. Je déclenche, je tournoie, pieds nus toujours. Je commence à être trempée, je ris, je vis.

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Semaine 34 :

Cette semaine j’ai mal. Je me déplace beaucoup avec ma canne. J’attends des clients au Contrat. Je suis arrivée très en avance, je suis seule. Je prends beaucoup de photos, je médite face au vide. Je sens mes douleurs s’apaiser. Le soleil est encore chaud mais nous sommes en altitude, ce temps est idéal et fait entrer de grandes goulées d’air dans mes poumons. Je me sens bien.

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Semaine 35 :

Je triche un peu et pour la deuxième fois de l’année, je réalise deux autoportraits le même jour. J’ai une idée très littérale, deux cannes pour une même femme. Celle des civilisés, et celle bien plus immense que moi des sauvages, la seule qui me soutien vraiment dans ce combat étrange qui n’existait pas il y a quelques mois.

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Semaine 36 :

Cette photo est passée relativement inaperçue et pourtant c’est l’une de mes favorites de l’année. Ces hêtres scalpés sont une source de fascination permanente et ce jour là sur les pentes du Ventoux la lumière est douce, la forêt est encore incroyablement vivante pour une toute fin d’été. Le vert avale tout et semble peindre ma peau. Lorsque je touche ces arbres morts-vivants habitant des écosystèmes les plus complexes. Je ressens à la fois au creux de ma main une préciosité très forte et à la fois un sentiment de dégoût, non pas d’eux, champignons, insectes, bois et mammifères en décomposition, mais de nous, qui dépeçons la forêts et ces mondes intérieurs chaque seconde quelque part sur terre.

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Semaine 37 :

Là encore je prends de l’avance sur le projet et je réalise une autre photographie le même jour mais beaucoup plus tard, dans un autre sous-bois. Le soleil s’est levé, les feuilles sont déjà nombreuses au sol, tapis également de l’hiver dernier. Un rayon inonde le sous-bois et me baigne de chaleur. Je voudrais m’y dissoudre avec elles.

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Semaine 38 :

Le jour de cette photo j’ai 29 ans. Les changements opérés cet été mutent encore.  J’essaie d’allégoriser qui je suis le jour de cette 29e naissance. Les symboles sont posés là. J'adore l'harmonie de ces petites baies et de la végétation d'un vert intense. Le tableau colorimétrique offert par cette fin d'été me plaît particulièrement.

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Semaine 39 :

Cela fait plusieurs semaines que je n’ai pas photographié lors de cette prise, presque 20 jours. Je recherche l’automne sur la face sud du Ventoux, une face que je connais mal car si par le sommet elle n’est qu’à quelques kilomètres de plus de moi, le sommet est fermé depuis des mois. Par la vallée nous mettons près de 45 minutes à y accéder, j’y vais donc peu. La forêt est très immersive, retrouver le sous bois me fait du bien mais je sens l’annonce d’un second confinement imminent, j’ai du mal à créer alors j’use de cette difficulté pour réaliser cette photographie.

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Semaine 40 :

Les fins de journées d’automne baignent les bois d’une lumière orangée qui se reflète sur la végétation déjà transformée en or. Cette forêt est très rectiligne, géométrique. Je m’en sers dans ma construction. Je me souviens être restée sur cette souche bien après la fin du déclenchement, comme dans un cercle magique et protecteur.

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Semaine 41 :


Ce matin de toute fin octobre a accueilli la pluie. Je m’aventure dans les champs ou je repère une haie sauvage. Les feuilles lie de vin s’emmêle avec d’autres espèces aux couleurs citrouilles sur un lit de ronce vert foncé. L’ensemble est magnifique, graphique et flamboyant. L’automne dans le Haut Vaucluse est rayonnant même sous la pluie. Je réalise cette photographie en partenariat avec les couleurs de la nature pour la rendre aussi harmonieuse que possible et inspiré par des sentiments entremêlés.

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Semaine 42 :

Cette photographie a été prise la veille du second confinement. Le mont Ventoux est plein de monde. Je m’enfonce dans les bois et je m’amuse sur ce rocher surelevé. Tout autour de moi n’est que flamboiement, je me croirai entourée par les flammes. Les couleurs de cette photo sont totalement authentiques, comme la majorité du temps dans mes clichés. Néanmoins l’accès à ce lieu depuis l’appareil photo est très compliqué. Je photographie au déclencheur et je peine à me mettre en place avant que celui ci ne déclenche. Cet autoportrait n’est donc pas net ce qui me contrarie.

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Semaine 43 :

 

Nous sommes à nouveau confinés. Il me reste un peu d’énergie de cette fin d’été et de ce début d’automne pour garder le cap. J’ai l’idée d’un grand arbre aux racines profondes qui courirai le long de mon dos. Pour une fois l’image est très précise dans ma tête mais je ne vois pas comment le réaliser et il est hors de question de jouer avec des brush photoshops ou de tricher. Mais il s’avère que je suis mariée à un véritable artiste qui s’ignore. Munie d’un marqueur, je m’assoie sur un rocher à la tête des mines, torse nue, tremblante de froid, je lui griffonne l’idée sur un morceau de mon bras et je lui fais confiance. J’ai du mal à croire en la beauté du résultat. Je réalise cette photographie au milieu des buis orangées de cette biotope si particulière qui attire fréquemment scientifiques et bergers, hommage au sanctuaire de nature qui va, une fois encore, m’aider à passer le confinement.

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Semaine 44 :

Lors d’une balade avec mes enfants au pied de la montagne je repère un champ de chênes dévorés par le lichen. Certains d’entre eux ont toujours leurs feuilles dorées, l’ensemble est sublime. J’y vais un matin investie de ces forces qui m’animent sans que je puisse les définir. Je m’assoie et confectionne ma couronne en chantant. Tout est si calme. Je suis entourée de trace de chevreuil et je pense à mon téléobjectif animalier qui arrivera dans quelques jours. Je réalise des dizaines de photographies ce jour là. Difficile de choisir. Les retours sont excellents et reflète mes sentiments et ma paradoxale confiance.

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Semaine 45 :


Je me photographie avant de quitter un affût avorté, mon premier. Je viens d’essuyer un choc professionnel par visio alors que j’étais cachée au fond d’un fossé. La fête est finie mais l’enthousiasme ne retombe pas. Je sais que je viens de m’offrir la manière de poursuivre un rêve de plus. Je me sens dangereusement à ma place, dangereusement car l’idée de tout plaquer, l’accompagnement à la personne, l’enseignement, les ateliers, pour ne vivre que de la nature me tiens éveillée la nuit. Le monde me semble tellement plus simple loin de la complexité mordante des relations humaines et d’une société dans laquelle je me reconnais de moins en moins.

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Semaine 46 :

Ce matin là ne se passe pas comme prévu. Je remonte au Mont Serein passant les barrières du confinement au prétexte de mon travail de photographe. Dans la forêt je me sens soudain très mal à l’aise. La forêt m’oppresse pour la première fois depuis très longtemps. J’ignore si je m’oppresse moi-même ou si je cours un danger immédiat, prévenue par mes sens. En réalité je sais que je suis presque seule sur le massif, je n’entends pas un bruit, pas un oiseau, pas un moteur, pas une brindille qui craque. Je mesure l’étendue de ma solitude, de mes questions, de ce qui est entrain de se fissurer. Je prends deux photographies et je repars comme je suis venue, presque en courant.

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Semaine 47 :

Cette photographie inédite est réalisée après de très nombreux essais infructueux et avec de l’aide. Je n’obtiens pas ce que j’ai dans la tête, je voudrais être seule mais mes cadrages sont toujours insuffisants. Néanmoins je persiste et gagne ce semi portrait vulnérable qui m’a abîmé la main et me fait me sentir vivante par la morsure du chardon au creux de mes doigts, appuyée à une souche qui tient d’avantage de l’oeuvre d’art que du résultat d’un déboisement.

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Semaine 48 :

J’ai adoré le moment que j’ai passé à réaliser cette série. La deuxième photographie a eu plus de succès que celle ci car beaucoup plus sensuelle mais je tenais à ce portrait dans le projet 52. Je me suis perdue plusieurs heures dans ce petit bosquet de bouleaux. Un peu de musique en sourdine, et un rouge gorge, compagnon curieux de toutes mes prises. Les feuilles gelées craquaient sous mes pieds nus, mes mains gelées peinaient à relancer les prises pendant que mes cheveux s’emmêlaient dans les branches. L’abandon fut total, long, faisant remonter en moi l’accumulation de mes émotions. Les événements tranchants de 2020 se succédant en me laissant en proie au dernier choix, avancer ou rester vaincue.

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Semaine 49 :

Avec cet autoportrait je réalise définitivement que j’ai besoin d’être seule pour créer comme je le voudrais. La solitude fait partie du travail d’introspection. Avoir froid, avoir peur, me laisser envahir de joie ou de tristesse, échouer, recommencer, faire monter la pression, l’émotion, rien de tout cela ne peut réellement naître en étant accompagnée. Pour cette photo je suis accompagnée mais je réclame la solitude. Je me tiens au bord d’un petit précipice de quelques mètres qui offre en arrière plan une forêt nues aux multiples variantes de brun. Ce second confinement n’en fini pas de me mettre à l’épreuve, je m’enroule et j’abdique.

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Semaine 50 :

Cette semaine 50 nous allons à nouveau braver la neige au Mont Serein et je réalise la seule photographie dans la poudreuse de l’année alors même que le Ventoux nous offre de superbes neiges depuis quelques temps. Mon corps supporte mal ces températures très basses. Nous sommes en confinement, allons bientôt en sortir, et je me dissimule dans les bois alors que la station est surpeuplée. Je marche un moment avant de trouver cette clairière à l’abri du monde. La neige enveloppe tous les bruits, le silence est total. Ce silence semble s’infiltrer par tous les pores de ma peau et offrir l’abandon, un soulagement totalement salutaire. J’aurai pu rester là, à genoux dans la neige durant des heures sans la nuit tombante et la morsure du froid. En redescendant de la station nous assisterons à l’un des plus beau couché de soleil de ma vie inondant le versant enneigé d’une lumière flamboyante à couper le souffle.

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Semaine 51 :

Mes enfants sont chez des amis, je suis seule avec mon mari, cela n’arrive jamais mais nous sommes le 21 décembre, jour du solstice d’hiver, une journée très importante pour moi, je veux absolument photographier à cette occasion. Dans la voiture j’élabore des plans à base de feu, tous irréalisables. A la maison je vais récolter de quoi faire une couronne d’hiver et je continue à penser cette photo en la tissant. Arrivé à la tête des Mines, mes grandes envies se sont muées en quelque chose de plus simple. L’odeur de la sauge qui brûle embaume l’air que je respire à plein poumon. Le froid est glacial, la flamme illumine le jour qui s’évanouit. Tout ne se passe pas comme je le veux mais j’adore néanmoins ce moment car j’adore le feu, j’adore le solstice, j’adore la renaissance, la résilience.

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Semaine 52 :

J’ai repoussé cette photographie jusqu’au bout du projet. Lundi ? Pluvieux. Mercredi ? Le temps paraît idéal pour mon idée là encore bien trop vaste, mais mercredi (aujourd’hui) c’est le dernier jour, le dernier moment pour réaliser cette dernière photo. Si la météo devait tourner...Je baisse mes ambitions et je vais photographier ce disque de vie symbolique au fond des chênes hier symbolisant pour moi exactement l’endroit auquel je me trouve aujourd’hui, la femme que je suis à l’heure ou je vous parle, dans cette quête perpétuelle, dans ce magnifique cercle de l’existence qui par sa perfection incarne tous les possibles.

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